Je me demande si un jour je serai débarrassée à jamais du poids culpabilisant de l’Education Nationale.
Déjà enfant, je n’ai jamais pu les saquer, mais étant maintenant parent, on aurait pu croire que je serais plus indulgente… et bien non, je dirais même que c’est pire. J’ai l’impression d’envoyer mon gosse à l’abattoir.
Hier soir, réunion parents-profs.
Dans le couloir subsiste déjà une ambiance de merde, avec des parents trop fiers de leur septième merveille, le regard haut(ain), le port de tête qui va avec et à qui, si vous avez une chance de loto national, vous arrivez à décrocher un regard narquois en guise de bonjour.
Une vague impression de déjà vu me submerge… il y a bien longtemps, lorsque je portais un sac de 12 kilos et que je traversais le même type de couloir avec les regards des premiers-de-classe aussi pesant que mon fardeau dorsal.
Il y a les autres parents, ceux qui ne disent mot et s’appuient lourdement contre les murs, cherchant un soutien sur le seul endroit qui en propose. On ne se parle pas entre parents, ce n’est pas comme si on était dans la même galère !! Restons isolés, c’est tellement mieux ! On pourrait parler avec plus bête que nous et être soudain montré du doigt par les premiers de classe !
C’est donc dans ce couloir de la mort qu’on avance en cherchant le premier bureau de torture, là où nous attend, non pas l’homme cagoulé, mais la gentille dame dont le sourire disparait à notre vue et qui nous dit : « ha ! je suis contente que vous soyez là, j’avais vraiment besoin de vous voir !!! ».
La phrase ne laisse rien présager de bon, et effectivement, rien de bon n’arrive.
Votre enfant est dissipé, il n’écoute rien, les résultats s’en font ressentir, c’est très inquiétant, vraiment très inquiétant. Il faut réagir, il faut faire quelque chose… etc.
Voilà, en deux phrases elle décharge tout son problème sur nous. Il ne fait rien à la maison… hop ! Tout est dans nos mains maintenant, démerdons nous !
D’un coup d’un seul, ce n’est plus du tout son problème, mais totalement le notre.
Je pense que ces réunions sont mises en place pour décharger les profs de leur incompétence et de leur frustration. Tout y est bien préparé dans un cocktail explosif pour tout déverser sur les parents, pauvres bougres irresponsables et incapables… ha.. que je retrouve là un sentiment familier : mon incompétence !!
Il y avait longtemps que je ne l’avais pas pris en pleine poire celle là. Bizarrement la dernière fois que ça m’est arrivé, c’était justement au collège.
Le top du top est la prof d’anglais… Une copie conforme de ma première prof d’anglais. Une bonne stressée, le regard très dur, une bouche qui vous envoie un missile dès qu’elle s’ouvre. Un discours sans appel, aucune solution, là c’est vraiment foutu…. C’est la peine de mort… pauvre de nous.
Au milieu de ces maitres en psychologie, on tombe sur une vrai prof… (je vais finir par croire aux miracles !) Celle qui n’alourdie pas la charge de doléances, et qui ne s’attarde pas sur des détails insignifiants mais qui vous dit immédiatement : « je n’arrive pas à comprendre où il décroche et à quel moment il ne comprend plus… mais je vais y arriver ».
Alléluia !!! Une humaine dans le corps enseignant ! Une personne qui aime son travail d’enseignant et qui se sent investie d’une mission de transmission de connaissance…. Curieusement ce sont les profs de maths et de science-physique qui réagissent de la même façon.
On sort du bâtiment une heure et demie après y être entrée. On hésite à rire ou à se passer la main sur le visage. On fait un peu les deux du coup.
Je repense à mon divorce, à mon séjour presque mortel à Londres, aux décès successifs de beaucoup trop de personnes, au dernier soupir de mon oncle, de ma tante, de Nicole, de Jeanine et aux autres. Je regarde mon gosse en me disant qu’il a traversé tout ça avec moi.
Je me sens obligé malgré tout de lui faire des remontrances.
Mais je me dis que ces gens sont des abrutis qui ne savent rien. L’expérience de vie de nos enfants n’a pas sa place dans l’Education Nationale. Quand on franchi le pas de l’enseigne du collège on SE DOIT de n’être là que pour être « BON » et être capable de rester assis des heures durant à écouter et enregistrer tout un panel de choses qui ne servent pas à grand-chose lors d’un divorce, d’un départ, d’un accident…
… mais qui ça intéresse ? Certainement pas le premier de classe, dont les parents justement divorcent.